30/12/2007

- LA BÊTE DU GÉVAUDAN - Le monstre qui terrorisa le sud de la France

 

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La rumeur se répandit comme la foudre.

Dans toute la Haute-Loire, région du sud de la France, les gens se déplaçaient avec défiance et verrouillaient leur porte pour se protéger du démon malveillant qui rôdait dans la campagne à la nuit tombée. 

Le corps d’une jeune fille avait été découvert à l’orée de la forêt de Mercoire, à quelques kilomètres au sud de Langogne, littéralement déchiqueté. Le loup avait encore frappé…

 

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On disait que la bête responsable de ce méfait était d’un autre monde, avait la taille d’un taureau, de grandes griffes dures comme de l’acier et des oreilles pointues ressemblant aux cornes du diable.

Son poil était rougeâtre, avec une bande noire sur l’échine – du moins – c’est ce que les gens disaient, car, bien sûr, personne ne l’avait vue ou n’avait survécu à cette vision pour en parler. Mais chacun disait connaître quelqu’un qui avait vu la bête.

 

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La première victime du loup fut une fillette de 14 ans retrouvée égorgée le 3 juillet 1764. Une semaine plus tard, ce fut le tour d’une autre. En août, la bête dévora presque entièrement un garçon de 15 ans et en septembre comptaient deux nouvelles jeunes filles, une femme et un autre garçon.

Ces atrocités se déroulèrent toutes dans la région boisée du Gévaudan, et dans chacun des cas, le cœur de la victime avait été dévoré.

Fin septembre, les habitants de Gévaudan sont en proie à la terreur. Les loups s’attaquent généralement aux moutons et au bétail, mais rarement à l’homme – ou alors seulement au cœur de l’hiver quand la faim les rend féroces.

En réponse à un appel désespéré du maire de la ville, 40 dragons arrivent à Langogne et ratissent pendant plusieurs jours les bois du Gévaudan sans repérer de loup.

Les gens commencent à respirer, peut-être la bête a-t-elle quitté la région.

Puis, le premier jour d’octobre, une enfant de 12 ans est attaquée et sauvagement mutilée près de sa maison dans la région de Saint-Chély-d’Apchier.

Le 7 octobre, deux petites filles sont encore tuées ; une semaine plus tard, c’est le tour d’une femme de vingt ans.

Le gouverneur de Languedoc donne l’ordre d’interdire aux femmes et aux enfants de travailler seuls aux champs, et organise une battue de grande envergure pour capturer la bête. Les semaines suivantes, des soldats et des paysans armés tuent plusieurs loups – mais aucun qui ne ressemble à la bête.

Désespérés, les habitants du Gévaudan sont de plus en plus convaincus que la bête ne vient pas de ce monde et qu’on ne peut rien faire contre elle. La neige se met à tomber en flocons serrés, mettant fin aux battues.

 

Le 12 janvier 1765, la bête connaît sa première défaite près de Villeret-d’Apchier. Conduit par un enfant de 12 ans, André Portefaix, un petit groupe attaque la bête en essayant de la toucher aux yeux.

L’un d’entre eux l’atteint à la mâchoire et l’oblige à lâcher prise. Finalement, saignant de ses profondes blessures, l’animal prit la fuite. Le soulagement du peuple fut toutefois de courte durée.

Avant la fin janvier, comme enragée par sa défaite, la bête ajouta cinq victimes à sa liste. Le roi promit 6 000 livres à celui qui en viendrait à bout.decoration
 

Le 7 février 1765, 20 000 hommes – tous ceux capables de porter une arme – convergent vers le Mont-Grand où la bête a été aperçue. Un bataillon de dragons la force à sortir de sa réserve et la rabat vers la rivière Truyère où attend un groupe de paysans.

Malheureusement, ces derniers s’étant postés au mauvais endroit, la bête parvient à rejoindre l’autre rive à la nage et disparaît dans les bois. 

Elle réapparaît une heure plus tard. Les mousquets font feu et la couche sur le flanc. Mais elle se relève et gagne la forêt en boitant. Les poursuivants sont toutefois certains de l’avoir touchée à mort.

Aucune créature de chair et d’os ne peut survivre à une telle volée de plomb.

Pourtant, moins de vingt-quatre heures plus tard, la bête décapite une jeune fille.

Dans la neige où repose son corps, elle n’a laissé aucune trace.

 

Les gens superstitieux du Languedoc se sont désormais fait à l’idée que la bête est l’instrument du diable et qu’aucun mortel n’a le pouvoir de l’abattre.

Pour ne rien arranger, l’église s’en mêle et déclare que le loup a été envoyé par Dieu pour punir les paysans de leurs péchés.

Le pays est en deuil ; une atmosphère sinistre règne. Les gens vaquent furtivement à leurs occupations, aiguillonnés par la peur.

Pendant ce temps, dans le seul mois de Mars, la bête tue huit autres personnes.

Le 7 avril, après des mois de recherches infructueuses, les dragons quittent Langogne. Comme pour célébrer l’évènement, la bête égorge une jeune bergère de 17 ans

. Le 30 avril, après avoir fait trois autres victimes, elle est touchée à deux reprises par un chasseur à proximité de Saint-Alban. Elle s’échappe, laissant une mare de sang derrière elle, mais, quelques heures plus tard, une femme de 40 ans est tuée.

La bête s’enhardit chaque jour davantage, rôdant dans les rues des villages à la tombée de la nuit, grondant devant les portes barricadées.

Les gens murmurent qu’elle se déplace sur les pattes de derrière, comme un homme et un nom terrible commence à circuler de bouche à oreille, un nom que personne n’osait prononcer : loup-garou!

Puis, en mai, l’espoir revient.

Pendant presque trois semaines, aucune nouvelle victime n’est signalée.

Après tout, la bête est peut-être mortelle.

Peut-être que le plomb des mousquets l’avait mortellement touchée. Mais cet espoir fut bientôt anéanti.

Le soir du 19 mai, dans les bois de Servilange, la bête attaque une vieille femme et lui dévore le cœur. Et le 24 mai, elle compense sa période d’inactivité en tuant pas moins de quatre personnes en une seule journée.

En juin, la terreur est à son comble, car la bête frappe plusieurs fois à proximité des habitations.

Pendant ce temps, le roi Louis craint chaque jour davantage que la terreur des paysans ne se change en révolte.

En juillet, il nomme le Maître de la Chasse royale – Monsieur Antoine – à la tête de 20 gardes et lui donne l’ordre d’en finir avec cette bête du Gévaudan, dut-il y laisser sa vie.

Si les paysans furent impressionnés par les uniformes des gardes, il n’en alla pas de même pour la bête qui, le 9 août au soir, tua une laitière sous les fenêtre du Château de Besset où séjournait justement Monsieur Antoine.

Une nouvelle et sensationnelle rumeur enflamma les campagnes. La bête était bien un loup-garou et l’on affirmait que l’homme qui se changeait en créature infernale avait été capturé. Il s’appelait Jean Chastel et vivait en ermite dans la forêt. Il avait été autrefois fait prisonnier par les Maures, en Afrique du Nord, et ceux-ci l’avait torturé et transformé en créature bancale, tant au physique qu’au moral. Chastel occupait cette partie de la forêt où l’on savait que la bête se terrait. Un beau jour, Monsieur Antoine le dénicha. Non seulement l’homme refusa de répondre aux questions, mais il poussa un hurlement de rage et se jeta sur son interlocuteur. Les gardes s’en saisirent et le jetèrent en prison pour plusieurs semaines.


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On raconte que l’arrestation de Chastel mit fin aux tueries. Vrai ou faux, toujours est-il que Chastel fut relâché le 1er septembre et que le lendemain une jeune fille fut mise en pièces. Le 9 septembre, le cadavre mutilé d’une autre jeune fille est découvert, et deux jours plus tard, un muletier est attaqué et tué. Le 13 septembre, une fillette de 12 ans disparaît et les gens qui partent à sa recherche ne trouvent que son bonnet et ses sabots.

Antoine fait venir des chiens de chasse de Paris et organise une nouvelle battue pour capturer la bête mais, bien qu’il réussisse à tuer un gros loup, tout le monde sait qu’il ne s’agit pas de la bête. Déshonoré, il plie bagages début novembre et quitte le Gévaudan pour ne plus jamais y revenir.

Un mois s’écoule, la bête frappe à nouveau, attaquant deux bergères et tuant l’une d’entre elles. Le 10 décembre, c’est le tour d’une autre jeune fille et onze jours plus tard, une enfant répondant au nom d’Agnès Mourgues est dévorée. Ce qu’il reste d’elle est si dérisoire que le curé juge inutile de procéder à un enterrement.

La chasse à la créature diabolique se poursuit, et c’est désormais un jeune noble, le marquis d’Apchier, qui en prend le commandement. A la tête de 90 hommes, il part en battue chaque dimanche matin dans les forêts du voisinage, mais revient toujours bredouille.

Le 4 mars 1766, à la tombée du jour, la bête attaque et tue le petit Jean Bergougnioux, 9 ans, qui rentrait les vaches de son père pour la traite. Dix jours plus tard, Marie Bompard, 8 ans, subit le même sort dans les bois de Liconesse.

En désespoir de cause, le marquis ordonne à des hommes d’abattre une douzaine de chiens, puis d’en empoisonner les carcasses et de les disséminer dans les bois. Des nombreux animaux meurent, mais la bête n’en fait pas partie. Le 17 avril, une petite fille de 6 ans est dévorée près de Clavières, puis un garçonnet de 10 ans subit le même sort quelques semaines plus tard.

On ne rapporte aucune tuerie entre le 4 juin 1766, date à laquelle une jeune fille est décapitée, et la fin du mois d’août de la même année. Chacun ose espérer que la bête s’est lassée de ses terribles faits. Entre septembre 1766 et mars 1767, on enregistre en moyenne une tuerie par mois. Mais ce même mois de mars accuse une résurgence brutale. Huit personnes périssent, toutes dans les environs de la même paroisse. Le mois suivant, l’horreur se répète dans différents villages.

Le 19 juin 1767, une petite armée s’enfonce une fois de plus dans la forêt, bien décidée à poursuivre la bête jusqu’à n’en plus pouvoir. Parmi ses hommes se trouve Antoine Chastel, le père de Jean Chastel, lequel était retourné dans les bois pour échapper à la vengeance de ceux qui affirmaient qu’il était mi-homme le jour et bête la nuit.

Alors qu’il s’enfonce dans la forêt en suivant la colonne des rabatteurs, Antoine Chastel serre son mousquet contre son cœur.

Cette arme est chargée avec un projectile en argent, fabriqué par ses soins. Débouchant sur une grande clairière, Chastel s’assied sur une souche d’arbre et attend en feuilletant son livre de prières. Les bruits de la chasse s’éloignent et un inquiétant silence tombe sur les bois.

Soudain, Chastel a la sensation d’être observé. Levant la tête, il éprouve un sentiment de griserie mêlé de peur.

Le moment est enfin venu.

En bordure de la clairière, la bête se tient immobile. Lentement, avec des gestes délibérés, Chastel referme son livre de prières qu’il glisse dans sa poche.

Puis, un genou à terre, il pointe son mousquet sur la bête, s’appliquant à viser l’endroit vulnérable, juste derrière la patte avant gauche. L’écho de la détonation se répercute d’arbre en arbre.

 Quand la fumée se dissipe, la bête gît sur le flanc et l’herbe tout autour est éclaboussée de sang.

Chastel s’approcha prudemment et observa la bête.

Elle était certes de bonne taille, mais guère plus grosse qu’un loup mâle ordinaire. Le plus terrifiant est que même morte elle respirait la cruauté et la férocité. Chastel resta perplexe devant la dépouille de l’animal.

S’agissait-il vraiment d’un loup?

Les pattes étaient trop épaisses et sa poitrine était trop large.

En outre, l’extrémité des pattes avaient une forme allongée et comptait une griffe supplémentaire. La fourrure rougeâtre était rayée d’étranges bandes noires et arborait une marque blanche en forme de cœur sur sa poitrine.

Aujourd’hui encore, soit plus de deux siècles après que le projectile en argent d’Antoine Chastel mit fin à l’existence de cette créature, la véritable nature de la bête du Gévaudan reste enveloppée de mystère.

Nombreux sont ceux qui estimèrent que l’animal mystérieux tué par Chastel n’avait rien à voir avec la bête. Il n’en demeure pas moins que les tueries cessèrent après le 19 juin 1767.

Combien de personnes furent tuées pendant ces trois années de terreur, on ne le saura jamais avec précision.

Les annales de la région en dénombrent au moins 75. Et il faut ajouter à cela 30 personnes grièvement blessées ou mutilées.

Certains témoins continuèrent de soutenir que la bête était un loup-garou, mais, si telle est la vérité, celle-ci n’avait rien à voir avec le fils d’Antoine Chastel, Jean, car ce dernier réapparut quelques jours plus tard, définitivement blanchi de toute accusation.

Il se peut aussi que la bête fut un caprice de la nature alliant une ruse proche de l’intelligence humaine et un corps d’une force exceptionnelle.

Mais, quelque soit la vérité, les légendes ont la peau dure dans cette terre du languedoc pétrie de superstitions et celle de la bête, qui y laissa son empreinte sanglante, n’échappe pas à cette règle.

 

29/12/2007

La "Bête du Gévaudan" et non le loup du Gévaudan

 

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La "Bête du Gévaudan" et non le loup du Gévaudan

Plusieurs auteurs (sans parler d’Alphonse Boudard !) dont Gérard Ménatory, spécialiste incontesté des loups, font valoir à juste titre qu’il n’a jamais été question du " Loup du Gévaudan " puisque tous ceux qui connaissaient bien les loups, et ils étaient nombreux à l’époque, savaient parfaitement qu’il ne s’agissait nullement de cet animal.

Le loup fut donc, plus tard, accusé injustement des méfaits imputés à la seule et unique " bête ".

Il est rappelé que le loup craint l’homme et n’attaque que très rarement celui-ci sauf lorsqu’il se trouve acculé.

Il était, par exemple, courant, à l’époque des faits, que des bergères chassent un loup qui s’était introduit dans la bergerie... à grands coups de sabots dans le derrière.

Un simple bâton suffisait à les faire reculer puis prendre la fuite.



L’hypothèse d’un autre animal a été plusieurs fois émise: hyène, lynx, ours, panthère et même singe ou bête fabuleuse résultant du croisement de plusieurs de ces animaux qui se seraient échappés d’un cirque de Mende.

Mais on ne retrouve nulle trace de ce cirque et moins encore de ces animaux .

Si ce n'est de la fameuse hyène très souvent citée dans les textes et gravures de l'époque.

 

Il demeurait donc la solution facile du " fléau envoyé par Dieu pour châtier les péchés des hommes " comme le suggérait l’évêque de Mende.

Et qui, bien évidemment, accomplissait sa tâche salvatrice en égorgeant des enfants en bas âge et des petites filles ou des petits garçons qui, pour la plupart, avaient pourtant été baptisés et dont certains avaient fait leur communion.

   

Pourquoi donc se limiter à UN suspect ou à UNE hypothèse ?
Et si la vérité était un tout petit peu plus complexe.

Cela ne tient pas debout.

Il demeure, par contre, une toute autre hypothèse liée à la perversion sadique d’individus exerçant leurs crimes dans une totale impunité et avec la bienveillance complice de certaines autorités qui fermaient les yeux sur la vérité mainte et mainte fois suggérée mais immédiatement écartée par principe.

Rien, dans le contexte cité plus haut, n’interdit à considérer l’action combinée de plusieurs individus utilisant également de grands chiens dressés et même d'une hyène ou d'un hybride.

Or, le dressage qui était la grande spécialité des Chastel père et fils.

Le père, lui-même, surnommé "Le Masque" (le sorcier) ou "De La Masque" (le fils de la Sorcière) passait même pour un "sacré meneux de loups", donc quelqu'un qui "avait passé un pacte".

Ces chiens, cette hyène ou ces hybrides, dont l’un fut probablement blessé à mort par Verny de la Védrines, étaient simplement grimés et protégés par une sorte de cuirasse probablement réalisée en peau de sanglier tannée et renforcée.

Les fusils d’époque, chargés à la poudre noire, n’avaient, en effet, qu’un pouvoir de pénétration assez relatif

le Sieur Antoine, lui-même, avouait surcharger ses fusils au risque de les faire éclater.

Et, suivant la tradition, Chastel ne put tuer la "Bête" que grâce à une balle d'argent bénite qui provenait d'un chapelet et d'une croix légués par sa brave môman...que les villageois de La Besseyre Saint Mary nommaient "La Masque".

Ces divers animaux furent donc probablement blessés à plusieurs reprises , ce qui explique les périodes de jeune et d’accalmie plusieurs fois constatés.

Mais ils revenaient généralement se faire soigner dans l'=un des repaires du Mont Mouchet ou de la faille de Desges.

Le feldspath fluor était extrait de nombreuses mines, déjà en activité ou abandonnées à l'époque de la "Bête" car utilisé par les verriers nombreux dans les environs.

Verny de la Védrine qui reçut tant Duhamel que les Denneval ou Monsieur Antoine au Chateau de Chamblard, situé entre Paulhac et Saugues, était lui-même un "gentilhomme verrier", donc un Maître verrier qui ne pouvait pas ne pas connaître ces mines et ces réseaux.

Une étrange légende locale prêtait par ailleurs aux Maîtres Verriers le pouvoir de mener les loups , donc d'avoir "passé un pacte" avec les puissances des ténèbres.

En effet, suivant une tradition ésotérique ces Maîtres Verriers étaient pour la plupart des alchimistes qui transformaient des matières aussi grossières et insonores que le plomb et la silice en cristal, passant ainsi de l'obscurité à la lumière et du silence à la musique.

Ce qui ajoute encore au mystère du Chamblard et du Besset où, suivant une tradition populaire, se déroulaient des "choses pas très catholiques".

A cette époque le château du Chamblard ne se situait pas en pleine forêt et était en vue du Besset.

 

Divers animaux dressés, dont une hyène, expliquent divers modes opératoires

Cela explique également plusieurs types d’attaque, l’un du vraisemblablement à ces animaux dressés pour tuer (si il s’agit de lévriers afghans ceux-ci sont utilisés pour la chasse au guépard et au lion et sont réputés pour leur courage et leur férocité lorsqu’ils sont dressés à l’attaque), l’autre du à des individus déguisés et également cuirassés assouvissant leurs penchants meurtriers et leur goût de la mise en scène.


Il n’était pas rare qu’ils déshabillent leurs victimes, leur tranchent la tête ou un sein et déposent ces trophées à quelque distance du corps.

 

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Une vision populaire et actuelle de la "Bête" : carte postale APA-POUX
En cparcourant la Lozère 48 PP 1213 Les Vieilles Légendes de chez nous
Légende de la Bête du Gévaudan (coll. G.C.)

"Il y avait une fois...un pays où les gens vivaient durement, mais il étais si beau
L'eau claire coulait au creux des montagnes. Le pain était bien noir, cependant
il y avait du pain, et le bonheur était, bien sur, de ne pas avoir des voisins riches.
La vertu et un bon bâton suffisait à éloigner les loups.
Mais un jour...une bête énorme et afreuse, la plus féroce parmi les bêtes,
bondit sur les femmes, les enfants et les dévora.
Mais le bon roi Louis XV envoya ses chasseurs et sa meute pour tuer la grosse bête.
Cependant la bête que l'on ne trouvait nulle part était partout et devenait
de plus en plus grosse.
En ce temps le chef des chasseurs eut une bonne idée bien courageuse.
Il s'habilla en demoiselle tendre et se coucha en serrant fort sa longue lance.
C'est ainsi que l'on apporta au roi la peau de la terrible bête".

Comme on le voit sur cette image, la Bête s'intéresse aux filles et à leurs charmants atours.
Toute l'ambiguité de l'affaire est là.


Plusieurs témoins rescapés attestent avoir cru apercevoir des boutons au niveau du ventre. Cette " bête " pouvait également prendre un enfant sous le bras et courir comme un être humain en évitant les balles et les coups de pointe.


Plusieurs fois le bâton ferré fut arraché des mains de la victime qui était généralement proprement égorgée mais atrocement mutilée.

Mais, lorsqu’elle avait affaire à forte partie la " bête " savait parfaitement s’esquiver puis brouiller les pistes.

Il arrivait qu’elle attaque simultanément des victimes à des endroits distants de plusieurs lieues, ce qui perturbait les battues.

La " bête " était, de plus, parfaitement renseignée sur ces fameuses battues, les évitait soigneusement, ce qui ne l’empêchait pas, par défi, d’attaquer à proximité immédiate de celles-ci.

Les frères Chastel, qui étaient censés participer à la battue, se trouvaient donc très souvent les premiers sur les lieux de l’agression.

Sauf lorsque celle-ci avait échouée et que la victime s’en était réchappée.

Se dressant sur les pattes de derrière il lui arrivait aussi de regarder aux fenêtres puis de s’enfuir en riant. et même de se déguiser en portant un chapeau ou une cape.


Les témoins de ce genre de manifestations passaient donc le plus souvent pour des dérangés ou des affabulateurs.

Le cri de cette "Bête" qui vous glaçait d'effroi ressemblait à la fois à un hennissement de cheval et à un rire diabolique.

Ce qui peut, fort bien, rappeler le cri de certaines hyènes.

Plusieurs fois la "bête" humaine ou animale fut blessée.

Ce fut le cas le 12 janvier 1765 où elle attaqua un groupe d’enfants armés de " baïonnettes " (couteaux aveyronnais emmanchés sur un bâton) et où elle fut touchée plusieurs fois à la tête par le jeune Portefaix qui la contraignit à lâcher le jeune Joseph Panefieu qu’elle avait saisi à la gorge.

Portefaix fut récompensé et élevé au frais de la nation il finira officier et fut tué au siège de Cambrai dans une manipulation de munitions.

Il semble qu'il ait envoyé un rapport au Roi quelques temps auparavant sur les agissement de la bête et qu'il y aurait accusé un certain "Messire", homme très influent dans la région.

Comme il ne conduisait pas de moto, ne prenait pas l'avion ni l'hélicoptère au dessus du Ténéré cette manipulation explosive tomba donc fort bien et le fameux rapport fut enterré pour de bon.


La femme Jouve, pourtant de faible constitution, fit de même contraignant la bête à lâcher son enfant après l’avoir frappé durement à plusieurs reprises avec une pierre qui fut tachée de sang.

Le 11 août 1765 à la métairie de Broussous à coté de Paulhac, Marie Jeanne Valet, servante du curé, est attaquée et porte à la " bête " un coup de pique au poitrail qui se marque encore de sang.

La " bête ", suivant un témoin, Thérèse, la sœur de Marie Jeanne, poussa un cri déchirant et se porta la patte au poitrail, se jeta à l’eau, s’y roula plusieurs fois puis disparut, toujours en se tenant la poitrine, donc debout mais cassée en deux, sans demander son reste.

Etrangement, un auteur très récent, alors que tous les compte rendus d’époque, sans exception, parlent bien de " patte portée au poitrail " ou de " pied porté à la poitrine ", ce qui ressemble à un geste humain, remplace ce fait par " lèche sa blessure puis disparaît " ce qui est, admettons-le , tout autre.

Il est vrai que cet auteur défend la thèse d’un autre animal que le loup tout en excluant l’homme.

ce petit " tour de main ", pour ne pas parler de manipulation, arrange bien les choses !

Le renard du Gévaudan précurseur bu bon docteur Guillotin !

 

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Une autre "Bête du Gévaudan" popularisée en carte postales
Editions Pastre 43230 CHAVAGNAC LAFAYETTE
Aquarelle Marie Noëlle MOURGUES série 1 collection 08/9 (collec. G.C.°
Cela pourrait "presque" être ce fameux renard à guillotine !

Mieux, un site Internet local n’exclut pas l’hypothèse d’un renard !


Le renard a coutume d’emporter la tête des charognes qu’il a trouvé.
Par conséquent il se pourrait que dans certains cas particuliers un renard ait pris la tête d’une victime dont on a mis longtemps à retrouver le corps ".


L’auteur confond probablement musaraigne et être humain.

Car si il est facile à un renard de détacher la tête de l’une ce serait plus difficile pour l’autre, d’autant plus que les têtes retrouvées séparées du corps étaient souvent retrouvées assez rapidement.

il ne s’agissait donc pas de charogne animale mais de dépouille humaine.


Ce fameux renard était probablement un fervent du docteur Guillotin.

On frémit de savoir qu’il rôde encore de ces bêtes rousses dans la campagne actuelle et même dans certains squares parisiens !

Ce même auteur, probablement de bonne foi, mais particulièrement naïf, précise par la suite
" Que des loups enragés aient attaqué l’homme, je le crois volontiers, mais que ceux-ci déshabillent leurs victimes me paraît un peu exagéré ".

C’est un fait, on imagine alors qu’il penche pour une autre hypothèse que son renard à guillotine.

Un bon vieux sadique, par exemple.


Malheureusement il ajoute dans un sublime cri d’espoir en l’espèce humaine :

" Il est clair que le bouche à oreille de l’époque a du modifier les faits ".

En gros, les multiples témoins (gendarmes, curés, notaires, notabilités locales, chasseurs, paysans, militaires... ) sont tous, sans exception, des andouilles, sinon des crétins des Alpes, et que les victimes soigneusement dépecées après avoir été déshabillées en rajoutent rien que pour brouiller les pistes.

Que fait la police ?


Ce qui n’empêche pas la bête de poursuivre inlassablement ses méfaits et de prendre encore quelques mauvais coups.

Une autre fois ce fut un jeune vacher, très robuste malgré sa petite taille et qui avait déjà remporté plusieurs concours de lutte qui saisit la bête à bras le corps et la jeta au sol pour l’immobiliser...

Mais elle parvint à échapper à la prise, probablement grâce au déguisement, et fila sans demander son reste.

Le vacher, un certain Bouqui, assura à plusieurs témoins qu’il ne s’agissait pas d’un animal mais d’un homme robuste et particulièrement souple.

Et qui combattait avec une peau de bête dont on pouvait voir les boutons sous le ventre !

 

   

Probablement une association hommes et animaux !

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La Bête vue par Gérard Lattier dans "Une histoire de la Bête du Gévaudan racontée et peinte
par Gérard Lattier Aux Editions de Candide (1996)
Si on ne doit lire qu'un seul ouvrage sur la Bête c'est nécessairement celui-ci !
Score de la Bête 107 à zéro !

 

L’hypothèse récente de R.F. Dubois (Vie et mort de la bête du Gévaudan 1988 réed. 1991)
" la bête pourrait-elle être une association homme/animal ou hommes/animal ou homme/animaux ou bien encore hommes/animaux "

est donc plus que plausible la dernière solution étant probablement la bonne.

Plusieurs enquêtes, bien évidemment sans la moindre preuve ( !), tournent autour des Chastel qui étaient, par le biais de Madame d'Apcher (ou Apchier en Langue d'Oc), au service du Comte de Morangiès et du marquis d’Apcher, donc de très hauts personnages très influents dans la région.

Mais, après plus de deux siècles, ceci est une hypothèse qui est toujours soigneusement évitée sinon inconcevable.

En un mot comme en cent, tout concorde pour qu’il s’agisse, en fait, d’une bande organisée disposant de nombreux repaires et bénéficiant d’une certaine impunité ainsi que de renseignements précis sur les recherches et battues en cours
.
Cela n’exclut nullement, au contraire, l’utilisation de loups, de chiens dressés, d'une hyène ou d'hybrides dressés à l’attaque et protégés par un artifice particulier les mettant le plus souvent à l’abri des tirs et des attaques à l’arme blanche fussent-elles maniées par un individu robuste.

Donc d'une cuirasse comme on savait fort en en confectionner pour les chiens de guerre encore fort utilisés à cette époque.

Cela n’empêche nullement, par ailleurs, l’utilisation de déguisements, également protégés, portés par des humains ainsi que l'utilisation de griffes et de crocs artificiels

L'armurerie chinoise classique démontre que de telles armes étaient utilisées très efficacement.

Ceci en fonction des circonstances.

Cela expliquerait les différentes sortes de blessures constatées sur les victimes qui, d’une part, pouvaient être partiellement dévorées ou, d’autre part " simplement " mutilées.

La plupart de ces mutilations ne peuvent être imputées, suivant des témoignages précis, à l’œuvre d’un animal mais sont le fait d’armes particulièrement tranchantes et utilisées par des mains expertes.

Il demeure donc à chacun d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Le problème de la plupart des auteurs contemporains est qu'ils réagissent avec un souci de logique contemporaine.

Donc fort linéaire.

Ils réfutent généralement une hypothèse afin de présenter une autre hypothèse diamétralement opposée qui sera rapidement contestée par un autre auteur et ceci sans fin.

Prétendre qu'il ne peut s'agir d'un sadique en démontrant que la plupart des victimes ont été dévorées, ce qui est le fait, n'exclut pas qu'un sadique ait pu utiliser les services d'un animal dressé à tuer et qu'il laissait, ensuite, dévorer partiellement ses victimes.

A l'opposé prétendre qu'il ne peut s'agir d'un animal en démontrant que certaines victimes étaient deshabillées et sexuellement mutilées, ce qui est également le fait, n'exclut pas qu'un animal dressé ait pu servir de rabatteur.

Une hypothèse n'exclut pas l'autre comme elle n'exclut pas une troisième hypothèse où plusieurs types d'animaux seraient intervenus sous la direction de plusieurs humains.

Cela expliquerait, notamment, les modes opératoires très différents constatés ainsi qu'une certaine confusion dans les fameuses descriptions de la bête.

Une éventuelle protection de celle-ci a pu se modifier au cours du temps évoluant d'une simple peau tannée à une véritable cuirasse.

Le fait que plusieurs témoins ne décrivent pas la même chose n'implique donc pas que cette chose soit une simple affabulation.

Prétendre que tel individu ne pouvait être coupable car honorablement connu des plus hautes autorités locales et rémunéré pour avoir participé à des chasses n'est pas le meilleur gage d'innocence.

Surtout si on croit estimer que ces hautes autorités étaient quelque peu mêlées à ces crimes et commanditaient ce personnage tout en le protégeant.

Prétendre qu'un autre individu ne pouvait être coupable car seulement âgé de dix neuf ans ne tient pas compte des réalités de l'époque.

A dix neuf ans on avait déjà souvent beaucoup vécu.

Prétendre opérer des recherches historiques rigoureuses et oublier de citer le fait que la hyène est abondamment citée dans les rapports d'époque ainsi que sur les gravures contemporaines des exploits de cette "Bête" n'est pas nécessairement la meilleure solution lorsque l'on souhaite donner des leçons de probité morale.

Alors qu'il suffit d'une simple loupe pour lire sous la plupart de ces estampes le mot hyène dont on ne parle pas au profit du loup.

Prétendre que nulle victime qui a réchappé de la Bête n'a vu en celle ci autre chose qu'un animal est un effet de style car nombreuses sont ces victimes, hommes, femmes et enfants qui émirent des doutes sur l'animalité de la Bête.

Certaines prétendirent même avoir observé des boutons sous son déguisement.

On imagine mal un loup assis sur un muret et observant tranquillement ses victimes avant de les attaquer.

Mais il est vrai qu'à l'époque, comme de nos jours d'ailleurs, les lunettes coûtaient fort cher et étaient très mal remboursées.

Ces victimes qui détonnaient du lot sont donc suspectes de mauvaise vue, sinon de mauvaise foi.

En allant plus loin que Dubois on peut évoquer plusieurs hypothèses nullement contradictoires.

Tout d'abord celle d'une bête.

Elle demeure indéniable.

Probablement une hyène ou un hybride.

Mais une bête n'agissant pas seule et profitant de l'intelligence humaine pour accomplir ses méfaits.

Une bête qui a pu, plusieurs fois, être blessée et même tuée mais remplacée.

Une bête unique et en même temps multiple, ce qui égare les diverses pistes, les diverses bêtes successives n'agissant pas et ne réagissant pas exactement de la même façon.

Ces diverses bêtes pouvaient, au demeurant, être protégées de diverses manières.

Du coté humain un acteur principal qui manoeuvrait cette bête, donc ces bêtes, d'une manière magistrale et qui bénéficiait non seulement d'une complicité mais de hautes protections.

Cet acteur principal agissant lui-même avec des acolytes pour le compte d'un haut personnage.

Les uns comme les autres, acteur principal, acolytes, haut personnage pouvant à leur tour, en se déguisant, prendre l'apparence d'une bête "humaine".

Ce qui explique les différences de témoignages entre les bêtes "bestiales" et les bêtes "humaines".

Portefaix en donne une description très imagée pjisqu'il compare la Bête qu'il a combattu à celle du conte de la Belle et la Bête.

Ce haut personnage pouvait donc, grâce à ses sbires et à leur bêtes, assouvir ses passions les plus bestiales.

De par sa position il bénéficiait de hautes complicités et de hautes protections, ce qui lui permettait, en outre, de toujours trouver un point de chute particulièrement bien protégé à chacune de ses expéditions.

Le Mont Mouchet, lieu de repli stratégique et épicentre de l'affaire
Donc un lieu de repli stratégique.

 

 

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Le massacre des innoçents par les Denneval Père et fils...
Mais cela pourraient aussi être Monsieur Antoine et son fils Antoine de Beauterne !
Ilustration issue de "Une histoire de la Bête du Gévaudan racontée et peinte par Gérard Lattier
Aux Editions de Candide (1996)
Score des Denneval : Match nul !


Il en existe plusieurs entre les abris du Mont Mouchet, le chateau du Besset, les galeries et mines de la Desges, le chateau du Chamblard, tous situés à proximité les uns des autres et d'où on pouvait communiquer visuellement par divers signaux et même par la voix.

Donc prévenir les complices de l'imminence de l'arrivée d'une battue ou d'une troupe, sinon d'un individu.

Et d'où on pouvait fort bien suivre et diriger la fameuse "Bête".

Cela explique que, malgré d'immenses battues la Bête ne fut jamais réellement inquiétée.

Ce personnage et ses sbires apparaissaient par contre toujours fort à propos lors de ces battues et étaient, comme on s'en doute, souvent les premiers sur les lieux.

Les hautes protections se bornèrent, tout d'abord, à une totale indifférence puis à une complicité passive aboutissant peu à peu à une aide logistique.

Le fameux "secours" expédié de la cour à Monsieur Antoine fait visiblement partie de cette aide logistique.

Malgré cette mise en scène bien orchestrée d'en haut, ce haut personnage passa visiblement outre la promesse qu'il avait faite de cesser ses activités criminelles.

Ses protecteurs furent donc contraints de demander à l'acteur principal d'abattre la dernière bête.

Ce qui fut fait à la Sogne d'Auvers par Jean Chastel, probablement l'exécuteur des basses oeuvres. de ce fameux "Messire".

Puis ils assignèrent à résidence forcée le commanditaire en question, donc Messire, et prièrent ses divers complices de se faire oublier.

Ils le firent assez mal puisque quelques années plus tard une autre vague de crimes bestiaux eut lieu et fit encore une trentaine de victimes dans le Vivarais fort proche.

On s'efforça d'effacer les traces compromettantes.

La maison de Chastel père située à la Besseyre Saint Mary fut rasée, le château du Besset, quartier général de Monsieur Antoine de Beauterne, fut rasé, la chapelle de Notre Dame de Beaulieu où eut lieu le dernier pèlerinage avant que la Bête fut abattue par Chastel et ses balles bénites sur place fut rasée, la maison forestière d'Antoine Chastel située au sommet du Mont Mouchet fut rasée.

On évita de raser la demeure de Messire Jean François Charles de Molette, Comte de Morangiès, ou Morangias suivant l'écriture usuelle à l' époque de la Langue d'Oc, à Saint Alban sur Limagnole, qui est désormais, juste retour des choses, un hôpital psychiatrique hautement renommé.

Et l'on put, enfin, dormir tranquille !

08/10/2007

Le petit chaperon rouge

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  Le Petit Chaperon Rouge est un conte de la tradition populaire, qui a connu de nombreuses versions au cours de l’Histoire.

Il s’agit à la base d’un récit pour enfant, mais qui contient des thèmes ayant trait à la sexualité, à la violence et au cannibalisme.

Le conte oppose, dans une convention toute médiévale, l’univers sûr du village aux dangers de la forêt, même si aucune version écrite ne remonte à cette époque. On retrouve trace de l’histoire dans la tradition orale de nombreux pays d’Europe, sous différentes versions, antérieures au XVII° siècle. Les paysans français racontaient l’histoire dès le XIV° siècle.

 

Dans la version Italienne de La Finta Nonna (La Fausse Grand’mère), la petite fille l’emporte sur le Loup grâce à sa propre ruse, sans l’aide d’un homme ou d’une femme plus âgée. Le bûcheron, personnage ajouté ultérieurement, limite l’héroïne à un rôle plus passif. Certains y verront la volonté de maintenir les femmes « à leur place », dépendante de l’aide d’un homme fort, comme un bûcheron. La version écrite la plus ancienne est celle de Charles Perrault, parue dans les Contes de ma Mère l’Oie en 1697.

Cette version sera plus malheureuse et moralisatrice que celles qui suivront. L’héroïne en est une jeune fille bien élevée, la plus jolie du village, qui court à sa perte en indiquant à un loup qu’elle rencontre dans la forêt les indications nécessaires pour trouver la maison de sa grand’mère. Ce dernier mange la vieille dame, tout en se cachant des bûcherons qui travaillent dans la forêt voisine. Il tend ensuite un piège au Petit Chaperon Rouge et finit par la manger. L’histoire en finit là, sur la victoire du Loup. Pas de fin heureuse pour l’héroïne, la morale de Perrault est sans appel.

 

 Au XIX° siècle, deux versions distinctes furent rapportées à Jakob Grimm et son jeune frère, Wilhelm Grimm, les fameux frères Grimm : la première par Jeanette Hassenpflug (1791–1860) et la seconde par Marie Hassenpflug (1788–1856). Les deux frères firent de la première version l’histoire principale et de la seconde une suite. L’histoire de Rotkäppchen (La Capuche Rouge) parut dans la première édition de leur collection Kinder- und Hausmärchen (Contes des Enfants et du Foyer (1812)). Dans cette version, la fillette et sa grand’mère sont sauvées par des chasseurs pistant le loup. La suite montre la fillette et sa grand’mère piégeant et tuant un autre loup, anticipant ses gestes grâce à l’expérience acquise au cours de la première histoire. Les frères modifièrent l’histoire dans les éditions postérieures, jusqu’à atteindre la version la plus connue dans l’édition de 1857. Cette version édulcorée, largement répandue, raconte l’histoire d’une petite fille qui traverse la forêt pour lui apporter une galette, un pot de beurre et de la confiture à sa grand’mère. En chemin, la fillette fait la rencontre d’un loup, qui la piège à la fin et la dévore elle et sa grand’mère. Un bûcheron vient néanmoins pour les sauver en ouvrant le ventre du loup. Le Petit Chaperon rouge et sa grand’mère en sortent saines et sauves. Le thème du personnage mangé par le loup et sorti du ventre renvoie au conte de Pierre et le Loup.

Analyse Le Petit Chaperon Rouge symbolise le personnage de la petite fille aux portes de la puberté. Le choix de la couleur du chaperon renvoie au cycle menstruel. Le village et la maison de la grand mère sont des endroits sûrs, chemin entre l’enfance et l’âge adulte. Pour arriver à destination, il faut emprunter un chemin qui traverse une forêt, symbole du danger, abritant le Loup. La mère indique à la fille le chemin à suivre, le « droit chemin » et la met en garde contre les mauvaises rencontres. La fillette est ambiguë, puisque, faisant mine de se débarrasser du Loup, elle lui donne en réalité toutes les indications pour que celui-ci trouve la grand’mère, et la mange… Arrivée à destination, la fillette voit bien que quelque chose ne va pas, (« Que vous avez de grandes dents ») mais… finit dans le lit du Loup ! C’est finalement le bûcheron, figure paternelle protectrice, qui ramènera la fillette à la sécurité. Le Loup, présent dans d’autres conte comme prédateur (Le Petit Poucet), est ici la figure du prédateur sexuel.