12/07/2011

Vincent Munier flashe avec les loups !

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Par Elise DE GRAVE • Journaliste de La Semaine.fr

 

Parce qu’il aime les endroits rudes, cachés et loin de tout, il reste un peu dans l’ombre. Photographe aujourd’hui mondialement connu, il pointe le bout de son objectif à l’occasion d’une expo à Nancy. Instantanés d’un aventurier parti des Vosges pour le bout du monde.

 

Si vous voulez apercevoir Vincent Munier, ce sera à mi-temps. Six mois dans l'année, le photographe est ailleurs. Mais des ailleurs au-delà de votre imagination. La prochaine expédition sera la Sibérie. Pas forcément votre prochaine destination de vacances, mais pour lui, pourquoi pas.

 

L'endroit est un peu froid, même en automne. Les goulags soviétiques les plus à l'est avaient même investi les lieux, encore une raison de faire profil bas pour un homme qui joue la carte de l'humilité. Carte mémoire ou pas, il ira sur place, appareil sanglé, avec cette même philosophie : vivre au rythme de la nature, voir comment elle s'organise, patienter puis prendre un cliché. Ou pas. L'alternative n'est pas pour lui un vain mot : « Il n'est arrivé plusieurs fois de ne pas déclencher mon appareil. Pour mon premier loup, j'étais dans un tel état d'émotion après une attente très longue que j'en ai lâché le boîtier, et que j'ai observé la scène en pleurant.»

 

Moment fondateur, la scène a surtout fait prendre conscience à Vincent de sa passion pour les grands prédateurs. Il ira les chercher dans le Grand Nord, lors d'aventures uniques lui valant des pages et des pages dans les magazines spécialisés, plus récemment une belle rubrique dans Paris Match. Mais avant le papier glacé, il découvre la glace des hivers vosgiens en suivant son papa naturaliste lors de promenades aventurières : « Mon père faisait beaucoup de photos. Le virus m'a pris, ce fut comme un déclic. Je me suis mis à parcourir mes Vosges, je ne me suis plus arrêté. » Certains virus sont viables, celui de Vincent Munier est vital. Dire que les photos sont superflues serait exagéré. Mais dans le projet de vie du photographe, le contact avec la nature semble être la priorité. «Ce qui me plaît, c'est avant tout d'être dans la nature. La photo n'est finalement qu'un moyen de partager ces instants » explique Vincent Munier.

 

Celui qui signe des clichés qui s'exposent dans le monde entier, qui collectionnes les récompenses prestigieuses en vient presque à vous expliquer qu'il se passerait presque d'appareil photo : «Si je savais écrire, ou peindre, je pourrais tout à fait partager la même chose. » Oups. Soit il plaisante, soit il a vraiment envie de nous parler d'autre chose. Le sujet est lancé : l'écologie. Respectable, de la part d'un gars qui est capable de se planquer plusieurs heures derrière une congère sur la banquise pour capturer l'image d'un ours polaire.

 

Lui, a priori, sait de quoi il parle quand il évoque l'harmonie de l'homme avec la nature. «J'ai le souvenir d'une tribu du Kamtchatka, appelée les Evenes, éleveurs de rennes. J'y allais pour photographier le Kobalann, un ours brun local qu'ils vénèrent. Au final, l'expérience humaine a dépassé le projet photo. Ces gens-là vivent à l'unisson avec la nature. Ils sont d'ailleurs les rares sujets humains que j'ai photographiés.» Quand il revient dans les Vosges, Vincent Munier confesse revivre chaque fois un choc culturel : «Quand je vois à quel point on ne respecte plus la nature : dans certains coins des Vosges, les vaches n'ont même plus un arbre pour se mettre à l'ombre ! Cette absence de respect, elle me fait mal. » Excessif ? Un peu trop sincère, peut-être mais vraiment passionné. Branchez-le sur le retour du loup dans les Vosges. Le discret chasseur d'images monte dans les tours, s'énerve presque. Tout en prêtant une attention non feinte aux éleveurs de moutons, il avoue : «Les Vosges sont suffisamment grandes pour accueillir quelques bêtes sauvages. Le gibier naturel est là : les prédateurs, et j'ai pu le constater dans de nombreux continents, ne sont jamais en excès. Tout est une question d'harmonie. » Lui soumettre un éventuel projet de photo du loup des Vosges ? Pas question. Même persuadé qu'il faut se réjouir du retour d'une espèce sauvage, il lui semble plus urgent de se concentrer sur celles qui disparaissent. Et la Lorraine n'est pas épargnée : le grand tétras et les chouettes sont déjà dans ses collections de clichés. Bizarrement, l'homme qui murmure à l'oreille des loups des steppes, n'a jamais pu photographier un lynx : « C'est l'animal mythique des Vosges. Pour moi, il est aussi fascinant que la panthère des neiges et le tigre de Sibérie. Mais comme tous les grands félins, c'est lui qui gouverne. Il te voit, tu ne le vois pas. J'ai un jour entendu le lynx, marchant sur mon affût, mais je ne l'ai jamais vu. » C'est sa prochaine photo. Souhaitons-lui.

 

Exposition « De crépuscule en crépuscule» photographies de Vincent Munier, textes de Pierre Pelot Muséum aquarium de Nancy du 2 juillet 2011 au 30 avril 2012

 

son site :  http://www.vincentmunier.com/

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