23/11/2008

Le cinéma dans la taïga de Nicolas Vanier

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Nicolas Vanier et l'un des « acteurs » de Loup, Digger, venu du Canada.

L'été dernier, l'explorateur a achevé son nouveau film au coeur de l'immensité sibérienne : l'histoire grandeur nature d'une amitié impossible entre un loup et un jeune nomade.

Aujourd'hui, c'est la nouba dans la taïga. On mange du cuissot de renne rôti au feu de bois. Quelques tentes blanches plantées dans la mousse forment le cercle villageois où s'égaient les enfants, oublieux des caméras qui tournent depuis le petit jour cette longue séquence difficile à mettre en place. Au centre, la table du banquet chargée des bols de myrtilles sauvages et du pain cuit sur les poêles de fonte, qu'on a sortis au plein air de l'été mourant. En Sibérie, à 1 300 mètres d'altitude, l'hiver n'est jamais loin : même au mois d'août, il suffit de creuser la terre spongieuse pour atteindre le permafrost, 30 centimètres sous la surface.

Après Le Dernier Trappeur, tourné dans le Yukon (Canada), c'est dans ce massif de Verkoïansk que l'explorateur Nicolas Vanier a choisi de réaliser son nouveau film, Loup. Un lieu de silence, de ciels immenses et versatiles où planent des oiseaux rares. En cette saison, une moquette de lichen détrempé tapisse le fond des vallées glaciaires, où les bottes s'enfoncent avec des bruits de succion. Avec le soleil, des escadrons de moustiques s'élèvent de la mousse pour un festin de sang. Bienvenue en Iakoutie, immense république des confins sibériens, que peuplent surtout des rennes et des loups.

Bien peu d'hommes, hors les chercheurs d'or et de diamants, les prospecteurs de charbon et de pétrole, qui fouillent le sol gelé de Sakha, l'autre nom de cette région dont la surface couvre un cinquième du territoire russe. Ici vivent les Evènes, peuple au visage de lune bistrée. Nomades parmi les rennes, dont ils sont les pasteurs, acteurs d'un affrontement vieux comme le monde : l'homme face à mère Nature, dans ce qu'elle a de moins charmant. 

Hommes, femmes, enfants : un clan entier d'Evènes a participé au tournage du film.

Cette confrontation est au coeur de Loup, dont l'aventurier a achevé le tournage fleuve (quinze semaines, dont neuf en hiver) fin août, pour une sortie prévue à Noël 2009. Cette fiction, interprétée par une poignée d'acteurs français débutants et surtout une tribu d'Evènes authentiques, raconte l'amitié impossible entre un jeune nomade et une famille de loups. Une histoire plus facile à écrire qu'à filmer, dans un pays où tout est compliqué - climat, transports, rapports humains, administration.

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